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L'Âge d'or de la dhimmitude
Chez les grecs et les romains classiques, l‘age d'or est la première période de l'humanité : une utopie dans laquelle les hommes et les femmes vivaient dans un véritable jardin d'Eden, où l'abondance, la justice et le bonheur régnaient sur terre. Il est d'usage de reprendre cette expression pour distinguer une époque naguère prospère dans l'histoire d'une civilisation. Un âge d'or se caractérise notamment par un foisonnement culturel et scientifique, soutenu voire commandité par l'autorité politique en place. L'histoire nous apprend pourtant qu'un âge d'or historique n'est pas garant de l'âge d'or utopique.
Un des mythes les plus persistants colporté par les apologistes de l'Islam est celui d'un âge d'or musulman en Andalousie du 8ème au 11ème siècle. Selon eux, cette période aurait connu la co-existence harmonieuse et pacifique des religions chrétienne, juive et musulmane. Lors de cette période les juifs auraient vécu un des moments les plus glorieux de leur histoire en participant activement à la vie économique, scientifique et philosophique du califat. Notamment, c'est à la fin de cette période mythique que serait né en Andalousie le célèbre philosophe juif Maimonide[a].
On évoque cette période pour soutenir que l'Islam est une religion tolérante voire plus tolérante que la religion chrétienne. Cette rhétorique fait fi de deux réalités importantes :
• Premièrement, ce qui a été interprété comme grande tolérance à l'époque d'al-Andalus ne répond aucunement aux standards modernes de pluralité culturelle.
• Deuxièmement, la religion chrétienne a depuis subit moult transformations majeures qui vont de la réforme protestante à Vatican II. Aussi, l'Occident n'est plus tributaire d'une seule doctrine religieuse mais d'un agglomérat spirituel soutenu par la laïcité.
On évoque souvent la Grèce antique comme étant le berceau de la démocratie. Pourtant, l'histoire nous indique clairement que cette période en était une de grande injustice pour les femmes et les esclaves. Selon les standards modernes, l'Athènes de Périclès ferait figure de bien piètre démocratie. Si on analyse plus attentivement la situation en Andalousie musulmane, les historiens nous disent que la vraie période d'âge d'or n'aurait durée que 60 ans. Si les juifs y étaient mieux traités que sous les Visigoth, les chrétiens étaient persécutés constamment puisqu'ils étaient soupçonnés de pactiser avec l'ennemi. Aussi, chrétiens comme juifs vivaient sous le statut de dhimmi, ce qui les forçait à payer une taxe spéciale et leur interdisaient la construction de nouveaux lieux de culte. Ils étaient aussi sujets à de nombreuses humiliations qui allaient de porter un signe distinctif sur leurs vêtements à des règles absurdes rendant difficile l'enterrement de leurs morts.
En occident, on peut se référer avec une certaine fierté à la Grèce comme berceau de la civilisation parce que l'on y reconnaît la racine du principe de démocratie moderne. Cependant, notre société a su faire évoluer cette idéologie en dépit des préjugés et des préceptes religieux. L'esclavage a finalement été aboli parce qu'il ne correspondait pas à l'idéal démocrate et les femmes ont elle aussi atteint un statut d'égalité et d'équité devant les lois. La question qu'il faut se poser est la suivante, est-ce que l'Islam a évolué de manière à faire de l'Andalousie musulmane le berceau d'un Islam moderne et tolérant? La véritable question est peut-être la suivante : qu'entendent les musulmans lorsqu'il parle de tolérance? Dhimmitude ou véritable respect de l'autre? Le concept même de tolérance est à la barre. L'occident moderne tend à favoriser l'échange, le respect, la curiosité envers l'autre et non pas une simple tolérance. Il n'est plus question que l'autre se convertisse à la vraie foi. La modernité se bâtit sur une mosaïque de cultures différentes mais reste ferme devant la justice pour défendre égalité et liberté. Et devant cette justice moderne, la dhimmitude est discriminatoire.
« Les paroles coraniques permettent à Mahomet de créer un cadre de cohabitation entre les musulmans et les « protégés » (dhimmî), qui donnent aux juifs, chrétiens et, un peu plus tard, zoroastriens, la possibilité de vivre avec les musulmans, mais selon des conditions qui les placent en situation d'infériorité dans une société soumise à la loi de l'islam par la conquête. »[b]
« Mais on n'est pas obligé de respecter le tabou qui semble parfois affecter une histoire d'al-Andalus excessivement marquée de volontarisme consensualiste et à laquelle on ne pourrait pas toucher de peur de détruire le fragile espoir entretenu de part et d'autre de la Méditerranée de retrouver un jour cet « esprit de Cordoue ». [...] « L'avenir, cependant, ne peut s'édifier sur des équivoques et des mythes, et al-Andalus, comme beaucoup d'épisodes de l'histoire où l'Occident et le monde arabe se sont rencontrés et confrontés, a souvent donné lieu à des interprétations quelque peu mythiques. »
[c]
Guichard, Pierre, Al-Andalus, Hachette Littératures, 2001
Perez, Joseph, Histoire de l'Espagne, Fayard, 1996
Cohen, Mark, Under crescent and cross : the Jews in the Middle Ages, Princeton University Press, 1995
Historia, Les intégrismes : Mythique Andalousie



